Merhaba, Silav, salam, barev dzez, quatre langues, au final, juste pour vous passer le bonjour.
Il faut dire qu’à Diyarbakir, pour son nom turc, il y a 110 ans, on vous aurait salué en arménien ou en kurde. Amed, en kurde, et Tigranakert en Arménien, constitue la capitale du Kurdistan occidental et est en majorité peuplée de kurdes. Les minorités arméniennes ont quasiment toutes disparues. Le reste des ethnies est partagé entre turcs, arabes, et autres minorités.
On a même parlé français à Amed, lors de l’occupation française de la campagne de Cilicie, avant la guerre d’indépendance turque (où Anteb au sud a brillé par sa loyauté à la Turquie, ça n’a pas été le cas d’Amed).
Si le séisme de 2023 a durement touché la ville, ce n’est rien comparé à la répression turque de 2016 - 2017, où presque 60% de la vieille ville a été rasée, des milliers de gens emprisonnés et torturés dans les prisons. Les géographes parlent d ‘ « urbicide » vis-à-vis de la destruction matérielle de la ville.
Le maire, du parti turc HDP (écolo, pro kurde, pro-lgbt, et féministe) a depuis été démis de ses fonctions lors de la purge organisée par Erdogan. Il a fini en prison. Bon point pour la démocratie turque.
Diyarbakir est une ville sublime, riche par son passé, riche par sa population, mais en la visitant, nous ne pouvons que constater tous les efforts de la république turque et du sanglant erdogan pour effacer la culture kurde notamment. Mais l’identité survie, grâce à ses habitants, grâce à sa langue, grâce à son histoire.
N’hésitez pas à faire un tour dans le bonus comme souvent :)
DIY
Il me semble que Diyarbakir est une exclusivité sur le site. De base, je devais me rendre à Van, malheureusement, à cette époque, le gouvernement avait fermé l’aéroport de Van pour quelques mois (rénovation je crois). Faire l’aller-retour en bus étant trop long pour mon emploi du temps. J’hésite entre repartir vers Istanbul de Batman ou de Diyarbakir, mais la réputation de cette dernière me fait choisir Diyarbakir.
Au niveau du tarif, je m’en sors pour une quarantaine d’euros pour un vol direct sur TK entre DIY et IST.
Peu d’info en ligne sur un bus qui irait à l’aéroport, mais je fais confiance au mec de mon hôtel qui m’indique vaguement une avenue avec un bus qui irait à l’aéroport.

Au bout de dix minutes, un bus avec écrit Havalimani pointe le bout de son nez. Je monte dedans et s’en suit un trajet assez long mais direct et peu onéreux jusqu’à DIY.

Les bus desservant l’aéroport sont numérotés Z1 Z2 Z3 vous en trouverez environ une fois par heure, jusqu’à minuit. Ici les horaires de nuits.

Le service de transport semble moderne et il est possible de payer avec sa CB, mais aussi une carte de transport achetable à l’aéroport.
Dans la ville, j’ai aussi eu l’occasion de circuler dans des bus plus anciens type dolmus qui eux ne prennent que le liquide.

On monte d’un niveau direction les départs.

C’est aéré et bien que le toit ne soit pas hyper recherché, l’impression de grandeur est présente.

Le FIDS du jour, Istanbul IST et SAW, Ankara, Antalya, Izmir, Trabzon et Düsseldorf.
Mon vol TK 2609 à 20h10 est pour l’instant prévu à l’heure.

Je charge un peu mon téléphone et je suis navré de découvrir que l’aéroport ne possède pas de wi-fi. De tous les aéroports de Turquie j’aurai galéré pour me connecter - y compris à IST.

Je me balade un peu avant de passer le PIF - le terminal est lumineux et assez vide.

Des avions militaires décollent à intervalles réguliers - Diyarbakir est une zone militaire importante en Turquie et le sud-est de la Turquie est fortement militarisé.

La grande mosquée d’Amed que vous pourrez découvrir si vous lisez le bonus ^^

12 langues disponibles sur l’automate franchement c’est pas mal pour une ville de cette envergure touristique (ie pas grand chose). Start en anglais se dit aussi start en allemand ?
Sûrement que certaines traductions sont mauvaises. En espagnol on dirait plutôt iniciar ou empezar que comenzar, en tout cas en Amérique latine j’ai rarement vu « comenzar » et puis il est conjugué contrairement aux autres langues. Bon je doute que beaucoup d’espagnols passent par DIY et remarquent ça ^^je chipote.

Passage du PIF rapide.

Un petit jardin occupe la zone des arrivées.


Mon 738 TC-JHK est en route et devrait arriver à l’heure.

Le fids départ avec des vols en pleine nuit. Celui vers Francfort qui doit avoir une arrivée aux environs de 5heures du matin n’a pas l’air sympa.
Celui pour IST a 3heures a lui le mérite de permettre toutes les correspondances TK depuis son hub.

Je reçois les notifications par l’application TK qui m’informe que mon vol est prêt à l’embarquement.

En effet une file s’est formée devant la porte 102.

Puis me voici dans la passerelle. L’automne pointe bien le bout de son nez par ici.


Notre Boeing pointe également le bout de son nez.

Je n’ai pas l’occasion de faire une photo du fuselage ni de la porte car il y a beaucoup de membres de l’équipage et d’agents de l’aéroport présents, et les turcs peuvent être relativement méfiants.
Passage devant une vraie cabine J.

JE m’assoie à mon siège où le pas est correct pour la grosse heure et demie de vol qui nous attend direction IST .

Présence d’un IFE qui est de bonne taille. L’avion est peut-être habitué à des vols plus longs ?

Vue depuis mon hublot à droite.

La fiche sécurité et le sac vomito.

J’aime bien la ceinture, elle est logotée et le tissu rouge ajoute une touche colorée.

SunExpress arrive d’Antalya en 737Max, vol XQ7712.

Je mets la géo vision, l’IFE propose plusieurs langue dont le français. 1h45 de vol sont prévus pour rallier Istanbul et l’Europe.
Par curiosité je clique sur la case aéroports douaniers et j’en apprends un peu plus sur les réglementations Turques qui sont pour le moins compliquées. Chaque aéroport à sa propre règle de sortie de bagage en fonction de la correspondance, de l’endroit de provenance, de la destination etc … Un CDG - IST - GZT verra d’autres règles qu’un CDG- IST - EVN qui sera lui-même différent du même parcours si changement de date au milieu bref un casse-tête et je n’ai pas de valise en soute.

Nous repoussons à l’heure et décollons rapidement.

A bientôt le Kurdistan !

La pleine lune ce soir empêche mon téléphone de faire le focus.

Demi-tour car nous avons décollé vers le sud et nous croisons Diyarbakir par l’ouest.

On s’élève rapidement dans le ciel turc alors que les annonces en turques se succèdent, la traduction en anglais chez TK est vraiment aléatoire et on sent que ce n’est pas une priorité pour les vols intérieurs sur vers l’est du pays.
Il va sans dire qu’aucune traduction en kurde ou arabe n’est permise alors que cela pourrait être utile.
Certaines correspondances sont annoncées à IST avec la précision des points de passage PAF en fonction du vol. Mais la plupart des passagers semblent avoir IST en destination finale.

Le wi-fi est disponible, gratuitement pour le pass message, moyennant un numéro Miles and Smiles. Cependant cela ne fonctionnera pas très bien durant le vol.

Une bonne odeur se répand dans la cabine, distribution du sandwich chaud avec une capsule d’eau.

Il est au poulet, et contrairement à ce qu’on pourrait croire sur ma photo, il est bien garni et vraiment bon. Ça tombe bien car j’avais faim.

Je parcours l’IFE qui est complet pour un vol de cette taille.

Nous sommes en approche d’Istanbul et commençons à survoler la partie asiatique de la ville par le sud.

On pourrait croire que l’aube se lève mais non ce sont juste les lumières de Constantinople.

Voici la partie asiatique. On aperçoit le pont Fatih Sultan et plus loin, au nord est du Bosphore, le pont Yavuz Sultan qui permet de contourner Istanbul par le nord.

Ici le pont du Bosphore entre Uskudar et Besiktas, et sur la droite de la photo c’est le pont Fatih Sultan



C’est dommage d’avoir l’aile mais on n’a pas le choix des places gratuitement sur TK.


Virage à droite au-dessus dans l’ancien IST Ataturk, maintenant ISL, pour s’aligner vers IST.

Soirée pluvieuse sur IST, il pleut vraiment tout le temps ici, je préfère largement le climat d’Athènes sauf en juillet-août.

Nous voici posés assez franchement sur la piste d’IST pour éviter tout aquaplanning et tant mieux.

Instant danette après un long roulage.

Puis longue marche dans la jetée nationale d’IST.


Des toilettes sont disposées le long des couloirs

JE me dirige vers la sortie le plus rapidement possible. Il est tard et les transports à Istanbul s’arrêtent tôt - vers minuit. Je veux être sûr de rejoindre Kadikoy le plus vite possible, et je suis fatigué.

Les informations de transport pour rejoindre Istanbul ou SAW sont disposés là-dessus, c’est assez indigeste à lire.
Moi, je connais par cœur, je suis passé une bonne dizaine de fois à IST cette dernière année.

Malgré tout la taille de l’aéroport m’impressionnera toujours.

Direction le métro 11.

La température s’est aussi rafraîchie à Istanbul depuis mon dernier passage il y a trois semaines.

Je recharge mon istanbulkart de 200 liras soit 4 euros.
2 TL sont récupérées pour la transaction à chaque fois.
La tarification des transports à IST est très floue, surtout qu’ils ne valent pas tous pareil et certaines correspondances ne se font pas.
Toujours est-il qu’il faut privilégier une istanbulkart.
Le Marmaray coûte bien plus cher que le reste.

La ligne 11 met environ 30 minutes pour aller de l’aéroport à Gayrettepe, à plus de 100 km/h complètement en souterrain, pour à peine plus d’une euro - c’est imbattable.

A gayrettepe il faut beaucoup marcher et prévoir un autre transport (soit métro 2 soit le métro bus) car la station est située au milieu de nulle part et construite en plein sous un énorme échangeur routier.

Le modo lighting bleu n’a toujours pas changé, ni la profondeur de la station.

Habituellement je transfère avec le métro car je me rends en partie européenne, mais pour une fois je loge à Kadikoy et le moyen le plus rapide et le plus simple pour rejoindre l’Asie sera le métrobus, en gros un BHNS mais pas TCSP sur la totalité de son parcours, il emprunte aussi des voies partagées.

Merci pour votre lecture.
Je mets un bonus en-dessous pour les potentiels intéressés :)
Bonus
A Gaziantep, mon principal objectif était la visite de Zeugma, le plus grand musée de mosaïques du monde (en compétition avec le Bardo à Tunis). Zeugma est une cité grecque puis romaine qui a echappé de peu à l’inondation à la construction d’un barrage sur l’Euphrate.
Malgré ça, on estime que seulement 15% de la ville a été fouillée; et protégée. Le reste a vraisemblablement beaucoup souffert et est détruit par l’inondation dû au barrage. Une honte internationale mais Erdogan s’en fiche un peu.
Ici, la naissance d’Aphrodite


Ma mosaïque préférée, l’Enlèvement d’Europe. Phénicienne (de Tyr, actuel Liban) elle fut enlevée par Zeus (sous forme de taureau) en Crète ou au nord de l’Asie Mineure selon les sources, et eu comme enfant, entre autres, Minos.
LE mot grec Europe viendrait probablement de l’assyrien. A l’époque, Europe désignait le littoral occidental de l’Egée quand Asie désignait l’oriental, en Anatolie.
Son visage vous dit quelque chose ? Vous l’avez sûrement croisée dans plein de représentations, y compris les pièces grecques de 2 euros mais aussi sur la bande argentée de nos billets d’euros !! Allez voir !!

En dehors de ce musée, le centre de Gaziantep se visite sans plus. Il a été fortement endommagé par le séisme de 2023 y compris son château bien connu. Partout ca reconstruit, malheureusement sans aucune norme parasismique.
Erdogan avait anonncé tout le monde relogé en moins de deux ans, le moins qu’on puisse dire, c’est que le pari n’est pas tenu.

Par la suite, direction Urfa - Sanliurfa en turc, Ourhai en Arménien, Riha en kurde.
Ce qui m’a choqué ici en premier comparé au reste de la Turquie c’est la présence d’un islam bien plus rigoureux. Attention aucun jugement de mon côté, c’est juste un constat. Si la Turquie est en théorie laïque, il est évident qu’elle prend un tournant plus religieux sous Erdogan. A Istanbul ou dans les grandes villes, ça ne se voit pas forcément, mais ici, on sent quand même une forte séparation entre les filles et les garçons, un rôle bien défini pour chacun (exemple je voulais faire ma lessive, le gars de mon hôtel a insisté pour appeler sa femme et qu’elle prenne mes vêtements pour les laver elle-même). Les enfants sont beaucoup plus présents dans la rue, aucune idée de si l’école est obligatoire ou non. Des fillettes de 5-6 ans portent la burqa et ça je ne l’ai pas vu ailleurs en Turquie.

Le centre-ville d’urfa est joli, pareil, bien abimé par le séisme. Par contre c’est mort des chez mort !!

La forteresse d’Urfa.

Direction Mardin, une des hautes places du génocide arménien. Mardin est souvent présente dans les récits des anciens en Arménie, avec Anteb, Diyarbakir, Erzeroum.
110 ans après, la Turquie régresse vis-à-vis de la reconnaissance du génocide arménien. J’en profite pour rappeler que la négation de celui-ci est un délit en France.

Mardin est connu pour être un lieu de tournage de beaucoup de séries turques et le tourisme local a explosé.



Direction Diyarbakir, la capitale du Kurdistan turc/occidental, qui n’a certes pas la renommée d’Erbil mais est quand même connue sous le nom de Paris du Kurdistan.
PAssage sur le Tigre, après avoir traversé l’Euphrate en bus entre Gaziantep et Urfa !! Tout de même, en tant qu’historien, pouvoir voir de mes yeux les deux fleuves de vie, c’est pas rien.
Bon, dans les faits, c’est pas aussi sympa, au niveau de Diyarbakir, le Tigre est une décharge à ciel ouvert et ça pu.

J’ai perdu certaines de mes photos à Diyarbakir et je n’en ai pas pris beaucoup. J’ai adoré la ville mais objectivement c’est une ville qui se ressent. Comme je disais, le centre-ville a beaucoup été détruit par le gouvernement turc puis le séisme, mais l’animation de la ville vaut le détour.
La Grande Mosquée de Diyarbakir, des fois considérée comme le cinquième lieu saint de l’Islam, est surprenante.
Construction grecque, puis romaine, arménienne, elle a fini sous les seldjoukides. On voit bien les différentes strates de construction.


Le niveau de détail est ahurissant avec un style bien grec faisant pensant à Ephèse.

Le centre-ville est entouré de remparts qui ne se visitent pas vraiment.

C’est tout pour ce bonus.
J’ai apprécié ma visite de cette partie de la Turquie au passé douloureux pour nous les arméniens. Cependant je ne peux pas omettre que l’accueil que j’ai reçu était misérable. Excepté à Diyarbakir où les kurdes règnent en maîtres et sont connus pour leur hospitalité, j’ai plutôt côtoyé des turcs à Gaziantep, Urfa, Mardin, et la plupart de mes interactions avé eux étaient mauvaises.
Pas vraiment de surprise de mon côté je n’ai jamais vraiment trouvé ce peuple aimable, mais c’est vrai qu’à Istanbul et dans les grandes villes, ils sont plus habitués aux touristes. Ici, moins, et être seul avec que des mauvais échanges au bout d’un moment ça pèse sur le moral et à la fin j’étais content de prendre le chemin retour vers l’ouest.
Chaque expérience est différente, sûrement qu’ici nombreux sont ceux qui ont de très bonnes expériences en Turquie, ça n’a pas été mon cas - ce n’est pourtant pas faute de ne pas connaître les coutumes du pays ou de baragouiner en turc.
A bientôt !