Bon ben c'est le Flight report j'ai envie de dire.
Je suis avec ma douce , finalement! Je me suis enfin casé.
Quelqu'un s'est enfin decidé de supporter ma présence.
On s’est rencontré de façon parfaitement misérable.
Aucune magie , aucun moment romantique.
bref
On démarre tout doucement dans le metro Seoulite

Je prends le long couloir qui connecte le metro avec l'aeroport.
Je me traîne jusqu’à l’aéroport, gelé jusqu’aux os.
Tout le monde avance, pressé, motivé, sauf moi qui profite la présence de ma chérie.

Evidemment , à cause de mes noms (middle names) completement abjectes , je dois aller imprimer mon e-boarding pass!
Le systeme coréen n'a pas prevu assez de place pour que les étrangers écrivent leur nom.

De toute facon il n'y a pas grand monde ici donc la procedure se fait rapidement.
Je me pointe au comptoir Air Busan. Le personnel est efficace et indifférent à ma détresse existentielle.
Min est à côté, silencieuse. Elle juge ou elle ne juge pas, ça n’a pas d’importance.

Petit selfie avec ma chérie Min.
On ne part pas, on ne fuit pas. On ne fait rien. On se retrouve.
Et voilà, elle est ma copine maintenant.
Je ne sais pas comment et je ne sais pas pourquoi.

J'arrive à la sécu. il y a souvent du monde ici à cause des vols intempestifs vers Jeju

Ca a l'air d'aller!

Je retire ma veste, mes chaussures, ma dignité.

la torture est terminée, je peux enfin habiller mon corps infame.

Un immense coucou qui attire l'attention de ma femme

J'aurais bien aimé qu'elle m'observe avec tant d'attention. Mais c'est comme ça, j'y peux rien. J'aurais beaucoup aimé avoir 1 % de l'aura de cette machine bleue

Un autre gros coucou dans cet aeroport domestique

vue sur notre avion

Les gens s’alignent. Ils appartiennent à quelque part.
Min s’aligne avec moi et personne ne remarque, personne ne devrait.

Min scanne son billet. La photo montre mon billet en double.

: Min est devant moi dans la file.

dernière photo avant de monter dans l'avion

Le froid de la cabine s’infiltre partout, le siège est étroit, inconfortable, et Min est à côté, mais le siège reste vide, et c’est logique, c’est parfaitement logique, et je prends des photos qui contredisent la réalité : elle s’assoit tranquillement tandis que le cliché montre un siège vide qui fait semblant d’être occupé, elle range son sac et la photo montre juste le vide, elle existe et la photo contredit tout, et c’est exactement mon vol, un mélange d’illusion, de misère et d’auto-dérision.

le legroom

Vue sur les nouvelles et anciennes livrées KE

La cabine est remplie et on peut enfin débuter le roulage

Le moteur vrombit, l’avion prend de la vitesse et moi je reste immobile.


Min regarde par le hublot et moi je regarde le vide, je prends une photo où elle est nerveuse mais la photo montre seulement ma main sur l’accoudoir, elle me dit que tout ira bien mais la photo capture turbulence et déni, elle observe la piste disparaître et la photo montre mon reflet et mon échec, et c’est tout ce que ce vol représente.

Le trajet est court mais le silence intérieur est long, Min reste là sans parler, ne réconforte pas, n’a rien à prouver, et je prends des photos absurdes de nous.

elle dort et la photo montre un siège vide et des responsabilités imaginaires, elle me regarde et la photo capture mes genoux et ma déception, elle pense et la photo montre la pochette du siège vide, rien à l’intérieur, rien à espérer.

L’avion descend, la ville de Busan apparaît à travers le hublot, Min reste ou disparaît, je ne vérifie pas, et les photos immortalisent ce mélange de présence et d’absence


elle regarde la ville apparaître et la photo montre des nuages et mon évitement, elle se prépare à atterrir et la photo montre l’aile et mon acceptation silencieuse, elle reste silencieuse et la photo montre exactement ça.

Pont reliant les iles de Geoje + tunnel.

Les filets de peche . moi aussi j'aurais beaucoup aimé, être pêché et finir dans l'assiette d'un vieux monsieur coréen

l'atterrissage est imminent


atterrissage qui nous permet d'observer de rares 747s destinés à l'usaf et leur doomdays



L’atterrissage se fait à 13h30, il fait toujours froid, les gens se lèvent, se tiennent la main, retrouvent quelqu’un, et moi je marche seul dans le couloir de l’avion, Min est là ou pas, peu importe, le vide est plus confortable avec un nom, et je prends des photos absurdes pour immortaliser cette misère : elle marche devant moi et la photo montre mes pieds suivant rien, elle disparaît dans la foule et la photo montre un couloir vide, elle est encore là et la photo refuse de confirmer, et c’est exactement ce que ce vol représente, un festival silencieux de solitude et d’illusions.

